lundi 17 décembre 2018

Ce rouge... - Poèmes de Barbara Bigot-Frieden



 
















Abrégeons

J’aurais voulu
Que tu me sauves
Que tu me salves
De baisers frêles et frelons
Légers – appuyés - piqués         … mais …
Nous (nous) abrogeons


D’écarlate

Cou cendré d’écarlate
Pouls brisé je suis 
En peine de vous et de vous
Seul –
Ami ma douleur s’évase
Dis-moi quand tu  me scindes
Préviens si tu  t’écartes


Le boudoir

Je baisse la lampe
D’amiante
Pour vous voir
En clair-obscur

Je vouvoie
Et vous discerne
Légère esquisse
Sur les murs 

Je brume bleu
Près du bougeoir
Ne bougez pas
Ou je dis Tu

Restez là 
Sans m’émouvoir
Je ne sais pas
Me mettre à nu

Je murmure
Le Vous dévot,
Et vous dis vrai
Pourvu que durent

Dans le boudoir
Nos signatures
Sur ma nuque
Vos lèvres à boire


Ce rouge

Elle déplisse la peau d’orange  sur ses cuisses
Elle n’a pas de manteau pas même  une pelisse
A peine des os en noyaux  métalliques

Mais il y a les cerises les cerises 
gonflées  
qu’elle offre par poignées aux enfants
pour qu’ils goûtent 
sucré

Elle les appelle Trois pommes 
car ils sont peu
et bien trop petits
pour rester deux

La femme à peau pelure
rides  craquelures  
orange gercée 
rêche  frelatée
vit entre deux masures

Mais elle pense aux cerises les cerises 
colorent les dents
Et l’essentiel pour elle 


C’est ce rouge
Sur du blanc 




dimanche 16 décembre 2018

D'une rue à l'autre, la nuit - nouvelle d'Alain Dumas Noël







Rue de Loire dix heures et demie, le soir. Au coin d’une autre rue un homme titube… un homme jeune, avec un chapeau, un imperméable. Une femme le secoue en le traitant de tous les noms. Puis, brusquement, elle le lâche et il manque tomber. Elle le rattrape et l’aide à s’asseoir sur un banc tout proche. Elle allume une cigarette et marche de long en large en lui jetant des regards furieux. C’est une toute jeune femme, presque une adolescente. Une grande fille brune, qui me semble-t-il de loin (je passe sur l’autre trottoir, et me suis arrêté pour regarder la scène qui pourtant n’est ni bruyante ni spectaculaire) serait sûrement jolie si elle n’était attifée, au choix, comme un épouvantail, ou comme une punkette tendance gothique, avec de hautes bottes de cuir noir et un long manteau peut-être en cuir, noir également. Elle écrase son mégot par terre, secoue la tête. Se tourne brusquement vers moi : 
- Mais aidez-moi, au lieu de mater comme un con ! 
Je m’apprête à lui répondre vertement que j’ai autant qu’elle le droit d’être là, que la rue est à tout le monde, que si cela ne lui plaît pas c’est le même prix, et… mais quelque chose dans son regard m’en dissuade. Elle a l’air vraiment embêtée. Je traverse et jette un coup d’œil à l’homme affalé sur le banc. Il n’a pas l’air très frais, est-ce à cause d’un excès d’alcool, ou d’autre chose ? Est-il malade ? Je ne crois pas, mais je ne suis pas médecin. La fille reprend l’initiative :
- Vous voulez bien m’aider à le ramener à la maison ? 
Devant mon air incertain, elle précise : 
 - Evidemment, ce n’est pas tout près, du côté de la porte des Grandois… Il faudrait aller jusqu’au tram, c’est là, au bout de la rue ! Grand-Place, il me semble ? 
Comme un taxi passe, je lui fais signe. La fille commence à protester, mais je lui coupe la parole : je paierai, ne vous inquiétez pas !  Le chauffeur baisse la vitre côté trottoir, s’enquiert de la destination, acquiesce d’un grognement, remonte la vitre.
Nous prenons le type chacun sous un bras et le guidons vers la voiture. Il se laisse faire, à la fois mou et curieusement tenant sur ses jambes. Je me demande bien ce qu’il a avalé, ce qui lui est arrivé. Mais la réponse, ce sera pour plus tard.  Je fais le tour du taxi, qui démarre. Nous voilà encadrant le personnage « out » qui n’a toujours rien dit. La fille me regarde, à la dérobée puis en face. C’est gentil, vous n’étiez pas obligé…
Eh si, j’étais obligé : on ne laisse pas dans l’embarras une femme avec des yeux pareils, en fin de soirée. Ce n’est même pas une question de se croire chevaleresque, ou un projet de drague. C’est… compliqué, plus compliqué que ça - tout simplement, si on peut dire.
En fait, je le sens, ceci est une nuit première. J’ai pris le maquis, le maquis de l’âme -dirai-je avec un zeste de lyrisme teinté d’ironie et un peu déplacé, je l’avoue. 
Nous passons devant la statue de la Vieille Porte. Le chauffeur a, sans consulter personne, pris par les Maréchaux, ce qui lui a permis, à chaque arrêt à un feu rouge, de contempler d’un air perplexe notre trio. Mais comme l’homme-qui-titube ne fait pas mine d’être malade, le taxi a dû finir par se sentir rassuré : ses coussins ne feront pas les frais de l’équipée. 
- Voilà, on y est : prenez la petite rue, là sur la gauche ! Demande ma voisine. Elle aussi m’a beaucoup lorgné, pendant le trajet, mais sans se décider à engager la conversation.
Le chauffeur m’annonce le prix de la course, je paie rapidement - gardez la monnaie. Il ne me remercie même pas, jugeant sans doute le pourboire trop mince. Je rejoins la fille côté trottoir, et nous aidons notre malade à s’extraire de la voiture. Une fois sur la terre ferme, il chancelle de nouveau et comme par réflexe nous le rattrapons au vol. De nouveau, chacun un de ses bras autour du cou. Où est-ce qu’on va ? Demandai-je. Elle fait un signe de tête : par-là, ce n’est pas loin… Effectivement, quelques minutes après, nous parvenons devant une petite maison, précédée d’une grille. Quelque part une glycine répand le parfum de ses fleurs. Les environs sont très calmes, il n’y a pas un passant dans la rue faiblement éclairée par un réverbère jaunâtre. - Vous le tenez, s’il vous plaît, je prends mes clés… 
Elle ouvre la porte, revient m’aider à soutenir son compagnon, et nous entrons dans la courette, foulons un courte allée bétonnée. Nouvelle halte, pour la porte de la maison proprement dite. De nouveau nous avançons, elle allume une lumière. Nous nous trouvons dans une entrée encombrée d’un vélo, d’un porteparapluie et de bouteilles vides probablement sur le chemin du bac de tri sélectif. L’inconnu heurte le vélo, qui bouscule autre chose, un bruit de verre retentit, mais apparemment rien ne se casse.
- Par ici, tenez, au bout du couloir… Nous guidons notre fardeau jusqu’à une chambre où nous le laissons tomber sur le lit. Sa compagne le recouvre d’un jeté de lit qu’elle tapote ensuite d’un air distrait, puis me fait signe de sortir.
Nous nous retrouvons au bout du couloir et elle me fait entrer dans la cuisine. Elle me remercie sans me sourire pour autant, mais m’invite à boire quelque chose :  - Il nous en a donné du mal, ce chameau ! 
Je fais mine de protester, que ce n’était rien, que…
- Oh ! Si, il est lourd, toute seule je n’y serais pas arrivée ! Une fois, je me souviens…
Elle s’interrompt, endosse le rôle de maîtresse de maison : 
- Qu’est-ce que vous voulez boire ? Je crois qu’on a de la bière, sinon du Côtes du Rhône ? 
Elle verse le vin dans des verres qu’elle prend sans regarder dans un buffet, s’asseoit et le convie à faire de même. 
- Quelle histoire, hein ? 
Comme je ne réponds rien, elle me regarde comme si elle se demandait s’il fallait m’en dire davantage. Elle doit juger qu’en effet j’ai droit à une explication, car elle se lance. 
- C’est Bob. Un type charmant, du moins en temps ordinaire - parce que là, évidemment, vous n’avez pas bien pu vous en rendre compte ! - Ce qu’il y a, c’est qu’il boit trop, et qu’en plus il prend des substances, comme il dit, pour tenir le coup, pour planer, pour être ce qu’il rêve d’être, pour je ne sais pas    quoi ! 
Elle hausse les épaules, soupire. Quant à elle, d’après ce que je comprends du discours qu’elle m’adresse pour plus ou moins se présenter, elle vient d’avoir dix-huit ans, elle a quitté à la fin du mois d’août un foyer d’urgence dans lequel elle a été accueillie pendant quelques mois, tant qu’elle était encore mineure, elle vit dans la rue mais n’aime pas qu’on le dise, il y a des mots qu’elle refuse d’entendre, je fais attention, car si elle se fâche elle ne dit plus rien, elle se mord la lèvre et regarde par terre. C’est compris ?   Je ne sais trop que penser de ce qui ressemble malgré tout à une pose, à un numéro qui me paraît surtout destiné à noyer le poisson. Est-ce qu’elle récite comme si elle était à un cours de théâtre ? Est-ce qu’elle est sincère ? - Car enfin, elle vit peut-être dans la rue, mais elle semble aussi bien habiter ici, elle connaît la maison comme sa poche, alors à quoi rime vraiment tout ceci ? Autant de questions que bien sûr je garde pour moi, car elle me regarde droit dans les yeux, de ce regard qui est au fond la seule raison de ma présence dans cette cuisine, comme de mon intervention de samaritain.
Nous jouons les chiens de faïence quelques minutes. Soudain elle lance : « Il fait chaud, ici - Non ? » et enlève son manteau. Elle quitte la pièce pour aller voir où en est son homme. A son retour, elle s’assoit face à moi et m’adresse un sourire, rassurant ou enjôleur, je ne sais trop.  Est-ce qu’au passage elle s’est rafraîchie dans la salle de bains, ou est-ce que je m’habitue à son « look » ? A moins qu’elle s’épanouisse façon fleur de la nuit… Quoi qu’il en soit, je trouve qu’elle est de plus en plus attirante. Et la douceur dont elle fait preuve maintenant que le problème Bob a été à peu près résolu ne fait bien sûr que renforcer ce sentiment. Je me demande brusquement ce que je fais ici, dans cette maison isolée, avec cette inconnue. La situation ne m’inquiète pas, mais m’étonne, cet enchaînement d’événements que je me suis borné à accompagner, sans trop réfléchir. Quant à elle, elle n’est apparemment pas perturbée le moins du monde par notre réunion dans la cuisine, avec son compagnon dans la chambre voisine. 
- Pauvre Bob, soupire-t-elle, il est complètement assommé… Il ne va pas nous déranger de sitôt - je veux dire, se reprend-elle, qu’il ne va pas venir nous faire la conversation ce soir ! C’est même un peu dommage, parce qu’il est très fort, en conversation !  
Elle se tait. Au bout d’un moment, de nouveau, elle me regarde, puis comme si elle pensait tout à coup à quelque chose qu’auparavant elle aurait oublié, elle m’interroge : 
- Il y a une autre chambre, vous savez  - vous voulez la voir ? 
Ma foi ! Nous nous levons d’un même mouvement et sortons de la cuisine. Je la suis, au passage je referme sans bruit la porte de la pièce où repose le malade. Ma mystérieuse compagne ouvre un battant, entre, allume.  - Voilà ! 
La pièce est identique à l’autre, le papier peint est aussi laid, et usé. Le vaste lit est recouvert d’un couvre-lit bleu sombre, parsemé de fleurs plus pâles. La fille le rabat avant de s’asseoir. Tapote le tissu près d’elle : 
- Allez, venez - vous voulez bien ? 
Comment refuser ? Je m’installe près d’elle. Elle coule son corps contre le mien, me tend ses lèvres. Nous roulons sur le lit… Un peu plus tard, alors que nous sommes bien, alanguis l’un contre l’autre, une longue plainte qui traverse les murs nous tire de notre quiétude. La jeune femme se dresse, tend l’oreille : 
- C’est Bob, il a appelé… !
- Tu es sûre… ? 
Elle saute du lit, et se précipite dans le couloir. Je l’entends qui me crie :  - Il n’a pas l’air bien du tout !
Me dirigeant vers l’autre chambre, je la croise dans le couloir. Elle s’agrippe à mon bras :
 - Je ne sais pas ce qu’il a… ! Oh ! Je m’en veux ! 
Puis, sans transition : 
- Mais rends-toi utile, au lieu de rester planté là comme un con ! 
Oui, bien sûr. Je retourne m’habiller, puis file vers la porte d’entrée :
 - Je vais chercher du secours !   
Elle est retournée dans la pièce, je l’entrevois penchée sur Bob. Elle me crie :     
 - Il y a le téléphone dans la cuisine ! Sinon, prends mon portable, dans mon sac…  Appelle le Samu !
Mais je commence à en avoir assez, de cette histoire. Je ne sais pas à quel moment j’ai décidé que j’appellerais avec mon propre portable, une fois sorti d’ici. Je l’ai donc ignorée et j’ai poursuivi ma course.
Je me retrouve dans la rue, je ne suis pas spécialement fier de moi. Mais c’était un moment très agréable et après tout, il semble qu’elle aussi en ait eu envie - alors, hein…! 



mercredi 12 décembre 2018

Rattus rattus - conte de Françoise Urban-Menninger

      





  Les rats suivent la route des rats...
 

  Cette nuit-là fut la plus terrible de cet hiver peu ordinaire. La cuisinière à bois rendit l’âme ainsi que la chaudière à gaz. Le gel ne tarda pas à envahir et à figer les murs de la maisonnée. La buée condensée sur les vitres fit place à des étoiles de glace à six branches telles que les avait étudiées le grand physicien allemand Kepler. Les conduites d’eau gelèrent ainsi que les canalisations, bientôt les fils électriques se rompirent sous le poids de la neige et le couple qui occupait les lieux, déjà en hypothermie, se mit à sombrer dans un semi-coma proche de ce que l’on nomme communément la léthargie.
C'est alors que dans la cave, on assista à un ramdam tout à fait inhabituel. Les rats qui s'y étaient réfugiés décidèrent d'un commun accord, d'agir au plus vite! Bientôt une armada de rats survint, avec un grondement sourd de roulement de tambour, jusque dans la chambre quasi-mortuaire du couple recroquevillé dans leur lit autour d'une bouillotte sous un amoncellement de couvertures et d'édredons bourrés de plumes d'oie. Les rongeurs avaient réussi sous la pression  de leur poids à faire céder la porte  en chêne à moitié pourrie du cellier...
Car c'est bien dans la cave au sol battu et dans une température ambiante supérieure à zéro que les rats avaient pu survivre aux intempéries, se nourrissant de plants de géranium, de pommes ou de noix, voire de sachets en plastique et de vieux cartons qu'ils avaient consciencieusement  rongés, nuit après nuit, ne laissant que quelques crottes noires et leurs traînées d'urine dont l'odeur  pestilentielle marquait leur passage.
Mus par un énième sens et une intelligence supérieure, les rats avaient très vite compris qu'ils ne seraient plus à l'abri si la température venait encore à descendre  la nuit suivante dans la bâtisse vétuste et mal entretenue, plus que centenaire. Aussi le Conseil des Rats avait-il décidé d'agir sans tarder! Et ce fut bientôt par dizaines que les bêtes investirent sans plus de formalités le lit où le vieux couple s'apprêtait à embrasser la mort qui lui ouvrait les bras dans des draps aussi rêches et glacés que ceux d'un linceul.
 Mais les rats à la sagesse infinie, veillaient...Au fil des heures, ils constituèrent avec leurs corps glabres assemblés d'un seul tenant, la structure d'un nid douillet et calorifique semblable à  celui d'une véritable couverture chauffante. Enfermés dans leur cocon, en pleine hibernation, le couple indifférent n'avait cure de ce qui se tramait autour de lui. L'homme et la femme traversèrent l'étrangeté de cette nuit d'hiver, à nulle autre pareille, comme dans un songe extrait au hasard d'un des livres de contes entreposés sur une étagère de la vaste bibliothèque qui couvrait des pans entiers de murs de la vénérable propriété.
Car il faut bien l'avouer, nos deux vieux amants avaient traversé le siècle, les yeux non pas dans les étoiles mais rivés sur les pages de leurs livres qu'ils avaient dévorés les uns après les autres, jamais rassasiés, ivres de mots jusqu'à cette mort  inexorable qui les emportait vers l'infini, de  l'autre côté de la nuit. L'homme et la femme étaient, tous deux,  ce que l'on a coutume de qualifier d'authentiques « rats de bibliothèque »...Est-ce  pour cette raison  purement textuelle ou conceptuelle que l'on retrouva le couple enlacé, bien vivant, au petit matin?                         
Le facteur, qui avait sonné trois fois et qui n'avait pas obtenu de réponse, avait donné l'alerte. Les pompiers, en enfonçant la porte d'entrée, avaient  été littéralement assaillis et renversés par une marée grise et grouillante de rats qui disparut comme par enchantement, cette scène  apocalyptique à peine entrevue.
Cette vision d'épouvante hanta longtemps les rêves des villageois... Mais une fois de plus une explication irrationnelle fut livrée, comme bien souvent dans ce genre d'événement extraordinaire,  par un grimoire poussiéreux, retrouvé intact sur une étagère dans la cave et  ouvert à la page intitulée « Rattus rattus »  où se détachaient en lettres dorées sur fond noir, cette maxime mystérieuse  : «  Les rats suivent la route des rats ».
Quant à la comptine que le couple ne cessa de répéter en boucle dès son réveil, elle fut reprise en choeur par tous les enfants du village qui la déclamait à qui  voulait l'entendre telle une formule magique qui se répandit à sept lieues à la ronde: «  Trois gros rats gris dans trois gros trous creux ronds rongent trois gros croûtons et trois très gros grains d'orge ».
Mais le plus beau et le plus drôle de cette histoire, à dormir debout, fut la devise qui trôna dorénavant sur la façade de l'antique demeure où le vieux couple continua à filer des jours  tous identiques, ni particulièrement tristes ni particulièrement heureux... Chaque habitant du village se mit à la méditer et à  la grignoter en son for intérieur: « Tu as beau connaître le trou du rat, il connaît mieux son trou que toi ».
                                                                                                             
                                                                                                
                 

samedi 1 décembre 2018

Pills - Poème en prose d'Ema Dubotz


      



       Moi je marche à piles. J'avale des pilules. J'avale des pilules en marche. Des pilules pour le mal de tête. Des pilules pour les maux de ventre. Des pilules pour la constipation. Des pilules pour les ballonnements. Des pilules pour les maux d'estomac. Des pilules pour les douleurs. Des pilules pour la fièvre. Des pilules pour les maux de gorge. Des pilules aussi pour le sommeil. Des pilules pour aller mieux. Pour voir la vie en rose. Des pilules coups de fouet. Et puis des pilules pour la mémoire. Des pilules pour stimuler la forme intellectuelle et physique. Des pilules et des pilules. Des pilules à manger. Des pilules pour préparer la peau au soleil. Ou pour blanchir. C'est selon. Des pilules pour faire pousser les cheveux. Rajoute-moi des pilules. Des pilules pour maigrir. Et d'autres pour me vider. Des pilules pour me fortifier me muscler. Des pilules pour bander. Bander plus fort. Pour briller. Pour la performance. Pour lui en foutre plein la. Des pilules pour la baise. Et d'autres pilules, au cas ou. Des pilules pour faire pousser les ongles. De beaux ongles racés. Pour en coller d’autres dessus. Des pilules pour s'amuser. Des pilules anesthésiantes. Euphorisantes. Hallucinantes. Des bouffantes. Des pilules à bouffer. Des pilules pour arrêter de fumer. Des fumantes. Des pilules pour les gueules de bois. J'avale des pilules. A la pointe de la nouveauté. Des pilules pour les reines. Des pilules pour avoir ses règles. Des pilules pour stopper les règles. Des pilules pour ne pas avoir d'enfants. Des pilules pour en avoir. Des fertilisantes. Des pilules avec. Des pilules sans. Des pilules au goût de. Des pilules colorées. Des pilules de jouvence. Des pilules pour retrouver ses antans. Des pilules en pendentifs. Des pilules antirides. Des pilules pour nettoyer les dents. Pour les blanchir. Des pilules pour la bonne haleine. Des pilules en bonne et due forme. Des pilules par anticipation. Des pilules pendant. Des pilules pour après. Des pilules pour calmer. Pour détendre. Pour déstresser. Des pilules pour l'angoisse. Des pilules pour mieux respirer. Des pilules pour le cœur. Pour améliorer la circulation veineuse. Des pilules pour la circulation. Des pilules pour marcher. Des pilules pour courir. Des pilules pour sauter. Au sortir du RER, mon pied bute contre le décalage d'une dalle et mon corps entame un vol plané

Des pilules en plein vol


Adieu collines - poème d'Estelle Sciortino

Dans de grands champs de visions, je chassais l'élan Sûre qu'un jour, mon nom se pendrait à l'horizon Je me disais...