dimanche 11 novembre 2018

Prise dans les racines - nouvelle complète - par Sandrine Scoarnec




J’étais là, dans ma chambre, assise par terre, recroquevillée dans un coin, les yeux fixes, le regard vide. J’étais comme ça depuis quand ? Je ne sais pas ! Peut-être des heures, peut-être des jours, peut-être davantage… Je n’avais plus aucune notion du temps qui passait !
Une image m’apparut. Irrésistiblement, un sourire se dessina sur mes lèvres, comme un rictus incompréhensible. Et là, je commençai à rire. Hi… Hi… d’un rire saccadé de plus en plus violent, de plus en plus bestial. Je riais sans raison, sans savoir pourquoi. J’étais comme ivre. Ce rire n’avait plus rien d’humain. A la fin, ce ne fut même plus des rires, ni des cris, mais des hurlements venus des profondeurs de l’enfer. C’était comme si un démon avait pris possession de mon corps. Ma tête se convulsait dans tous les sens.
Malgré tout, au bout d’un moment, je réussis à me lever. L’image se précisait. Je vis un chemin au milieu d’une forêt. Je me mis à courir, à courir comme une folle. Quelque chose me faisait peur, très peur. Mais je n’arrivais pas à savoir ce que c’était. J’étais tellement paniquée que je me prenais de pleine face chaque arbre qui surgissait brutalement devant moi. Mais ces arbres avaient quelque chose d’étrange, de doux et de souple.
J’eus alors quelques instants de lucidité. Les arbres disparurent et, autour de moi, je vis une pièce vide avec des murs blancs molletonnés. Deux hommes habillés en blanc entrèrent aussitôt, l’air sinistres. Plus ces hommes s’approchaient, plus je reculais, effrayée, les yeux exorbités de terreur. J’étais prise au piège ! Personne pour m’aider. Je voyais cette seringue qui me menaçait… Ils parlaient entre eux à voix basse, comme s’ils voulaient me cacher quelque chose.
Brusquement, un souvenir surgit du passé.
Je me vis danser autour d’un feu, nue. Je riais et pleurais à la fois. Je levais les bras vers le ciel, comme pour une prière, implorant la miséricorde. Espérant ne plus souffrir, ne plus me sentir sale, mais lavée de toute impureté. Je tournais et tournais autour de ces flammes terrifiantes qui montaient vers des cieux indifférents à mes tourments. Au milieu, un corps brûlé pendait au bout d’une corde, accroché à la plus haute branche d’un arbre mort. Un peu plus loin, derrière l’écran de fumée, j’aperçus deux silhouettes. Deux silhouettes humaines… Deux silhouettes qui m’étaient très familières ! Je m’approchai d’elles, en sueur. Un homme et une femme étaient attachés à un arbre… Je les reconnus. C’étaient mes parents. J’avançai encore, presque à les toucher, je me plantai devant eux… Je répétais sans cesse :
- Pourquoi ? Pourquoi n’avez-vous rien fait ?
Ils savaient. Je sentais leurs regards accusateurs dirigés vers moi. Oui, c’est moi qu’ils jugeaient. Et pas lui.
Ensuite, je me suis effondrée. Puis ce fut le vide, le noir complet, sans une lueur d’espoir. 




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