mardi 20 novembre 2018

Mare - Poésie d'Ema Dubotz.



L'eau est entrée.
De phlyctènes humides en écumes cataractantes.
Suis-la, la bulle d'air, elle remonte, concentrique. Amarrée, la vie s'époumone et je suis soudainement saisie de sursauts. Mordre à nouveau la poussière. Merde. Rien n'est plus beau que ces bruines sanguinolentes que je recrache. Je gerbe en convulsions. J'en pleure. J'en ris. J'en pleure. Suis-je complètement folle ? Une fumée âcre allergène m'irrite insidieusement les narines, la gorge et attise quelques tranchées saillantes à mon poitrail. J'en trace les contours de mon dernier jour.
Se dégager. Se hisser. Continuer. Le temps se fond en une lente chute et graduelle journée opalescente durant laquelle je m'évertue à trouver nourritures. Je ne fais que marcher, marcher, et marcher. Suis-moi. J'erre, je tangue, je vacille, je m'écroule, et je me relève, je cherche une once d'humanité. Pas un pigeon, zéro gens alentour. Que ce silence assourdissant. Un vide, une oppression tenace et pesante qui crée un bruit obsédant dans ma tête, bourdonnement dedans. Je me sens comme une étrangère perdue dans cette paranoïa futuriste. La superbe recouvre l'insensé. Je suis l'animal acculé au suicide. Je parle, je crie, j'appelle en vain. Pas de réponse. Personne. Je suis à la recherche du moindre son, un quelconque signe qui prouverait l'existence de l'autre. Mais rien. Juste le temps qui siffle en pluie finement poudrée et cet écho perçant la vitre de mon humeur.
Regarde, l'espace a tissé sa toison flamboyante, l'air invisible est  palpable, une matière, nitescence fluide que je peux étreindre à pleines mains ! Une envoûtante dimension se propage. Te voilà enfin. Un transfuge radieux illumine ma figure presque effacée. Je peux enfin effleurer les traits de ta chevelure, des vagueries en fin de compte, décompter les fils, rêches raclures filoches, couperets déments à la fin, fleurs apprêtées, revêches après en fin de compte, enfin à moi toute seule.
Cela fait combien d'heures que je t'observe, feuillage extraordinaire, combien de jours que je tresse ta couenne translucide, que je converse avec toi, continuum diaphane ? Tu ne réponds pas. Il n'y a pas d'ombre. Pas d'accalmie. Quel jour sommes-nous ? Tu ne réponds jamais. La nuit n'existe plus. Il fait jour tout le temps. J'ouvre les yeux, il fait jour. Je ferme les yeux, exténuée, il fait encore jour. Je me réveille ankylosée et il fait jour, encore et encore. Tout le temps est jour. La durée n'est que jour. Combien de jours déjà ? Te toucher encore. Oui toucher encore ton air fardé, ton phare.
En me dirigeant, stupeur, je m'aperçois qu'on m'a volé quelques phalanges...


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