mercredi 19 décembre 2018

Conversation près d'un carrousel... - Poèmes de Gracie de la Nef






















La fille aux souliers rouges

Je croyais être sortie
Des jupons de ma mère.
Tout ce temps,
Je n’ai fait que tourner en rond.
 J’ai sauté sur du verre.
J’ai claqué des talons ;
Rouges sang
De ma chair.
Je croyais, agencer,
Comprendre
Tout
De la danse éphémère.
Je n’ai rien maîtrisé…
Je n’ai fait que tournoyer
Sans jamais épuiser
Ce feu qui me malmène.
Pauvre fille affolée
Pas prête à m’arrêter,
Je sais bien tout cela .
Viens danser avec moi.




A trop tutoyer les volutes à trop côtoyer les balcons

Les bas se fileront
Sur le tapis de la salle de bain
Ils s'envoleront en fumée
À l'aube
Trop harassés d'avoir attendu que le soleil se lève
Et les inonde d'eau de pluie
Mais ils ne s'ennuieront pas
Par la fenêtre ouverte
Ils verront
Sur le toit du voisin
Des rouleaux de printemps
Bien rangés deux par deux
Se tenant par la main
Essayant désespérément
D'éviter les rayons sales et mouillés de l'astre solaire
Qui refusera
Encore
Toujours
De pénétrer dans la jolie petite maison aux bas filés
Brûlants de larmes de fatigue et d’encens
L'amour s'éveille derrière les rideaux d'un bac à douche
Il s'était endormi très tard
Hier
En glissant doucement
Du sofa au tapis
Du couloir à la poignée de la porte
Du collier de faux diamants
Aux bas qui fileront



Conversation près d’un carrousel


L’haleine était fraîche
Et l’inspiration nouvelle.
Les femmes autour étaient si belles.
Déesses qui régnaient sur la terre et le ciel,
Courant, altières, à cœur perdu ;
Grimpant dans les calèches
Et les chevaux de bois.
Les hommes, volubiles,
Chantaient fort
Et parlaient beau ;
Se frappaient sur les cuisses
En de mâles postures,
Se tenant fiers et droits.
Excepté toi.
Moi, je riais aux éclats
Et tournoyait en un point fixe ;
Alignée à la lune.
Puis, interstice.
Chuta mon amie,
La plus flamboyante ;
À mes pieds implorante.
Du sang perlait
Sur son genoux diaphane.
Nous avons ri aux larmes !
Sa douleur,
Mes grimaces ;
Nous avons savouré ces minutes de grâce.
Avide de réjouissances,
Elle a rejoint en claudiquant
La folle cavalcade.
Moi, J’ai tourné le dos à la fête ;
Cherchant dans les étoiles
Un signe auquel m’accorder.
Faut-il toujours
Que l’éternité cesse ?
Faut-il toujours
Que quelqu’un se blesse ?
Enivrée, je plongeais,
Esseulée volontaire,
Dans la brèche où tout se meurt,
Se confond dans la candeur .
Tout s’éteint avec splendeur ;
Arrêter le temps.
Subtile, tendre douleur,
Emporte moi dans ta balade :
«  Tout est silence,
Les bruits sont esclaves,
Les cris sont doux,
Les mots rêvent...
Mon amour est un nomade
Qui court la ronde
Et fuit le monde.
Mon amour est un Runner
Pourchassé par ses peurs ;
Éclairé par mes ombres. »



6 commentaires:

  1. Très sensible à ton écriture, et ravie de lire ici "La fille aux souliers rouges" !

    RépondreSupprimer
  2. Nathalie FRIEDEN3 janvier 2019 à 04:52

    Pour moi , une préférence pour "la fille aux souliers rouges" qui m'évoque du commun entre nous, mais cette "conversation pres d'un carrousel" m'a également beaucoup émue

    RépondreSupprimer
  3. Merci Nathalie ... peut-être aurons-nous l'occasion de converser devant un carrousel ... ou un thé écarlate :)

    RépondreSupprimer

Les Plaintes du Minotaure - poème de Jérémy Gouty

  Minotaure souffre bien de sa double nature. N’étant pas décidé à mourir pour autant, Il refuse ...